Pourquoi les Aztèques faisaient-ils des sacrifices humains ?

Quand on pense aux Aztèques, la première chose qui nous vient à l’esprit est bien souvent le sacrifice humain. On dépeint volontiers les premiers habitants de Mexico comme un peuple décadent, dont la soif de sang poussait ses prêtres à arracher le cœur des prisonniers et à dévorer leur chair. Mais la vérité est bien plus complexe, et vous allez comprendre pourquoi.

Des origines faussées par les chroniques espagnoles

Une maxime bien connue nous enseigne que les vainqueurs écrivent l’Histoire, et en ce qui concerne l’histoire des Aztèques, il est difficile de prétendre le contraire. Les chroniques de la conquête affirment à l’unanimité que les sacrifices humains, décrits comme cruels et atroces, avaient été inventés par les Aztèques dans le seul et unique but d’effrayer leurs ennemis.

Pourtant, grâce à l’étude des codex et aux recherches scientifiques, nous savons aujourd’hui que les sacrifices humains avaient, avant tout, une profonde signification religieuse… et que leur origine remonte très loin dans l’Histoire.

En effet, les nombreuses fouilles archéologiques entreprises sur le Plateau du Mexique nous ont permis d’apprendre que les civilisations mayas et olmèques, bien antérieures aux Aztèques, pratiquaient déjà les sacrifices humains, d’une manière très similaire, et pour des raisons visiblement identiques.

Alors pourquoi ces idées reçues sur la cruauté « gratuite » des Aztèques ?

Tout simplement car les chroniqueurs qui ont accompagné Cortès et, plus tard, fait les récits de sa conquête, n’étaient évidemment pas impartiaux. Ils affichaient une loyauté sans faille envers la couronne d’Espagne. De ce fait, ils devaient forcément présenter une chronique mettant les colons à l’honneur et, naturellement, diabolisant la civilisation vaincue pour justifier sa destruction.

Les conquistadors n’étaient alors plus les envahisseurs impitoyables qui avaient anéanti dans le sang une culture toute entière, mais ils devenaient les héros qui avaient tout simplement purgé le nouveau monde de l’hérésie, en apportant la sainte parole aux peuples indigènes. En insistant sur le fait qu’ils avaient fait cesser de cruels massacres païens, les conquistadors apparaissaient comme des sauveurs dans le monde chrétien.

Des explications mythologiques profondes

La pierre du Soleil, aussi nommée Calendrier Aztèque – Musée anthropologique de Mexico

Dès les premières heures de leur histoire, la vie des Aztèques était rythmée par un calendrier astrologique. Le peuple de Tenochtitlan était très croyant et, par conséquent, extrêmement superstitieux. Deux explications aux sacrifices humains sont données dans les codex pré-hispaniques aztèques.

D’abord, ils croyaient fermement à une théorie selon laquelle les dieux auraient créé plusieurs mondes successifs avant le nôtre, dont chacun aurait duré quelques centaines d’années avant d’être détruit par différentes calamités. C’est ce qu’ils appelaient, entre autres, le « cycle des soleils », car chaque monde était identifié à son soleil. Et naturellement, en suivant la logique, la Terre devrait à son tour disparaître : afin de poursuivre le cycle sacré, le soleil serait amené à perdre sa puissance, puis à s’éteindre. Toute vie disparaîtrait alors sur terre, et un nouveau monde verrait le jour. Pour repousser ce jour fatidique, les prêtres aztèques pensaient que le sang des guerriers permettrait de nourrir le soleil et de satisfaire les dieux.

Mais cela n’est pas tout, car si la religion aztèque comportait de très nombreuses divinités empruntées à d’autres cultures, il y en avait une qui était propre à leur peuple : Huitzilopochtli (littéralement « le colibri de l’Ouest »), leur dieu de la guerre et du soleil, avait joué un rôle-clé le mythe fondateur de la capitale aztèque, Tenochtitlan. C’est lui-même qui, selon la légende, aurait ordonné au peuple de quitter Aztlan, leur lieu d’origine mythique, et d’entamer un exode longue d’un siècle jusqu’à trouver cette terre promise.

Glyphe de Huitzilopochtli, d’après le Codex Borbonicus

Les Aztèques avaient un rapport particulier avec leurs dieux : ceux-ci étaient complètement dépendants des humains qui les vénéraient, et sans des offrandes régulières pour les nourrir, ils étaient amenés à disparaître. Vous l’aurez compris, Huitzilopochtli étant le dieu du soleil et le père mythique de la civilisation aztèque, les sacrifices servaient non seulement à le nourrir, mais aussi à le remercier et à obtenir ses faveurs en temps de guerre. Et justement, plus leur empire s’agrandissait, et plus les sacrifices se faisaient nombreux.

Ce « besoin » de sacrifices, vu par les conquistadors comme une véritable soif de sang, poussa même les Aztèques et leurs alliés à déclarer la guerre à d’autres cités-état (altepetl), dans le seul but de faire des prisonniers à sacrifier : ce sont les guerres fleuries. Les principales victimes de cette véritables chasse à l’homme sont les habitants de Tlaxcala qui, plus tard, iront jusqu’à s’allier Espagnols pour en finir avec leurs ennemis jurés. Toutefois, les Aztèques ne se limitaient pas qu’à leurs puissants rivaux txactaltèques pour effectuer leurs sacrifices, et ils n’hésitaient pas à s’attaquer aux plus petits villages de la Vallée de Mexico.

Ironiquement, quand ils attaquaient les villes de faible puissance qui entouraient leur capitale, les Aztèques avaient pour habitude de leur offrir des armes plusieurs jours avant la bataille. Mais bien évidemment, ces petites cités de quelques milliers d’habitants n’avaient pas la moindre chance face à l’armée aztèque, qui était forte de plus de 100 000 guerriers. Etant donné que les Aztèques ne sacrifiaient que les guerriers, on devine par ailleurs que ce cadeau d’équipement ne servait qu’à pousser les hommes adultes à combattre, et donc à finir capturés.

Contrairement à ce qu’affirmaient la plupart des chroniques coloniales, il est fort probable que le sacrifice humain n’ait jamais eu pour but de terrifier les ennemis. Bien au contraire, le sacrifice constituait aussi un moyen de glorifier les adversaires dignes, ayant fait preuve de bravoure au combat. La mythologie aztèque voulait que le guerrier sacrifié se voie offrir une place auprès des dieux, tout en étant élevé au rang de héros pour son peuple.

La plupart des peuples précolombiens partageaient une religion très similaire à celle des Aztèques, puisque beaucoup s’étaient inspirés des cultes Mayas et Olmèques. De ce fait, les civilisations voisines n’étaient pas étrangères aux sacrifices humains.

Des cérémonies très méticuleuses

Les cérémonies étaient normalement identiques, quel que soit le dieu honoré par le sacrifice. Mais lesdits sacrifices n’avaient pas lieu n’importe ou, et encore moins n’importe comment. La tradition était précise, et les règles nombreuses.

Représentation d’un sacrifice aztèque pour le dieu Huitzilopochtli – Codex Tudela

Tout d’abord, la cérémonie devait se dérouler sur un autel qui se trouvait généralement devant un temple, ce dernier étant toujours situé au sommet d’une pyramide à degrés. Ensuite, le sujet était allongé sur une pierre sacrificielle, avant que les grands prêtres du temple ne se chargent d’ouvrir son torse à l’aide d’un couteau en silex (tecpatl), pour en extraire le cœur.

Une fois cela fait, le cœur de la victime était déposé sur le cuauhxicallis, un petit socle « béni », à partir duquel la divinité pouvait se nourrir de l’essence du cœur. La tête était ensuite coupée et, à son tour, exposée sur une structure de bois : le tzompantli. Enfin, le corps décapité était normalement laissé sur l’autel, puis enterré une fois la cérémonie terminée.

Dans certains cas, notamment lorsque le sacrifice avait lieu dans un grand temple, le corps était même poussé dans les marches, pour dégringoler jusqu’au pied de la pyramide. Loin d’être un symbole d’irrespect envers le défunt, ce geste était au contraire perçu comme une manière de partager la bénédiction auprès de la foule qui assistait à la cérémonie depuis le bas.

Le cannibalisme rituel, qui était en réalité très rare chez les Aztèques, se faisait uniquement dans un cadre très particulier : lorsqu’un guerrier renommé ou un puissant seigneur venait d’être sacrifié au nom de Huitzilopochtli, les nobles et les grands prêtres étaient parfois conviés à se partager la chair du sacrifié pour en assimiler la force et se rapprocher du dieu du Soleil. Le peuple ne participait en aucun cas à ce rituel, qui n’avait lieu que dans des occasions exceptionnelles (selon le calendrier aztèque), ce qui signifie que le cannibalisme ne se faisait jamais à des fins alimentaires, mais uniquement cultuelles.

Dites-vous, enfin, que les prêtres aztèques qui effectuaient les sacrifices avaient suivi une formation spirituelle et scientifique longue d’une dizaine d’années. Nous sommes donc loin de la bande de barbares qui charcuterait ses ennemis uniquement pour terroriser la région !

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