Le xocoatl, ancêtre aztèque du chocolat

Saviez-vous que le cacao était consommé en Amérique bien avant la conquête espagnole ? Littéralement « eau amère » dans la langue des Aztèques, le xocoatl est l’ancêtre du chocolat chaud tel qu’on le connaît aujourd’hui. Dans cet article, vous découvrirez l’histoire de cette boisson, mais aussi l’usage étonnant qu’en faisaient les Amérindiens !

Une boisson à l’histoire millénaire

Dans le Yucatán (région du sud-est de l’actuel Mexique), la culture du cacao était déjà pratiquée il y a au moins 2500 ans. Ces terres étaient alors sous le règne des Mayas.

Vers l’an 1000 avant J.C., le peuple maya a inventé la toute première boisson chocolatée, le ka’kaw. Pour l’obtenir, les fèves de cacao étaient séchées et concassées avant d’être diluées dans l’eau chaude. Le tout était ensuite fouetté, ce qui donnait au ka’kaw un aspect mousseux.

Les dieux mésoaméricains sont souvent représentés avec une boisson chocolatée

Réservé à quelques rares cérémonies, ce breuvage était associé à Ek Chuah, dieu de la prospérité et, justement, dieu du cacao. Seulement voilà, la boisson était très amère, grumeleuse et presque dénuée de saveur.

Elle avait une valeur rituelle avant tout et n’était en aucun cas conçue pour la gourmandise !

Deux millénaires plus tard, tandis que la civilisation maya est proche du déclin, l’Empire Aztèque vient d’émerger. Nous sommes au début du XVe siècle.

L’ascension du peuple venu d’Aztlan est fulgurante, de telle sorte qu’il ne lui faut que quelques décennies pour mettre la main sur tout le plateau du Mexique (plus de 500 000 km²). Peuple guerrier avant tout, les Aztèques ont pour coutume d’exiger des tributs des cités vaincues, en gage de leur soumission.

Au rythme de leurs conquêtes dans le sud, les Aztèques s’intéressent de près aux fèves de cacao qu’ils reçoivent régulièrement de la part des peuples autrefois sous l’influence des Mayas. Très bientôt, le peuple de Tenochtitlan élabore sa propre boisson à base de cacao : le xocoatl (à prononcer « chocoatl »).

Une boisson d’empereur

Il faut savoir qu’au Moyen Âge, le cacao était particulièrement rare en Amérique Centrale. Ce fruit se trouvait plus généralement dans le sud du continent. Les quelques fruits du cacaoyer qui poussaient étaient alors de véritables reliques. Ainsi, durant l’époque aztèque, les fèves de cacao ont une valeur si élevée qu’elles servent même de monnaie d’échange au sein de l’empire. A titre d’exemple, vers 1530 (après la conquête espagnole), les Aztèques évaluent le prix d’une dinde à 40 fèves de cacao. En moyenne, une seule cabosse contient entre 25 et 50 fèves.

Tout comme le faisaient autrefois les mayas, le peuple de Tenochtitlan relie le chocolat à la mythologie : leur dieu suprême, Quetzacoatl, est dépeint comme un grand amateur de xocoatl. Par conséquent, en boire constitue un très grand hommage aux dieux… condition bien sûr que les buveurs soient de sang noble !

Le xocoatl était la boisson des empereurs par excellence

Le xocoatl n’est, à l’époque, réservée qu’à la famille de l’empereur et à certains nobles privilégiés. De plus, il semble que dans les banquets, seuls les hommes sont autorisés à consommer cette boisson purement chocolatée, considérée comme un symbole de force. Les femmes, quant à elles, boivent de l’atole (une bouillie à base de maïs), qu’on aromatise légèrement au cacao et à la vanille.

D’une manière générale, un seul homme a le droit de consommer du xocoatl sans restriction : l’empereur, dit  » tlatoani ». Comme l’atteste leur mythologie, les Aztèques considèrent que le tlatoani est élu des dieux. Il est leur main droite, ce qui lui donne le droit, voire même le devoir de consommer quotidiennement ce « breuvage sacré ».

C’est ainsi que Montezuma, l’un des derniers souverains aztèques, était réputé pour consommer pas moins de 10 coupes de xocoatl par jour. De la sorte, il restait imprégné de la puissance divine, ce qui l’aidait à prendre de meilleures décisions… c’est en tout cas ce qu’on racontait au peuple !

Une boisson au goût… très spécial

Maintenant que vous connaissez l’histoire du xocoatl, il est temps d’attaquer la partie la plus intéressante : la saveur ! Sans grande surprise, le xocoatl n’a pas grand-chose à voir avec le chocolat chaud actuel. Il s’agit en fait du même procédé de fabrication que le ka’kaw, à la différence que l’on rajoute plusieurs épices à la préparation, principalement de la vanille, du roucou et surtout du piment.

Les colons espagnols n’appréciaient pas du tout cette boisson épicée

C’est donc une boisson assez pâteuse et (vraiment) très épicée. Le roucou présent en abondance donne à ce chocolat une couleur rougeâtre. Comme pour le ka’kaw, le mélange est ensuite longuement fouetté.

Les Espagnols, que les Aztèques ont pris pour des dieux à leur arrivée, faisaient partie des très rares personnes s’étant vues offrir cette précieuse préparation. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la « boisson des dieux » ne leur a pas beaucoup plu !

Le xocoatl est ainsi décrit comme un « breuvage mousseux, tiède, piquant et amère » par le chroniqueur Bernal Díaz del Castillo, qui avait accompagné Hernan Cortes dans la conquête du Mexique.

Contrairement à une idée reçue, le xocoatl n’est jamais sucré ni parfumé à la cannelle.
Ce sont des pasteurs espagnols qui, en 1534, ajoutent du miel et de la cannelle à la boisson, afin de la rendre plus à leur goût. Cette nouvelle recette fait alors fureur auprès des conquistadors.

C’est sous cette forme que le xocoatl arrivera à la cour d’Espagne, sera très apprécié et se popularisera petit à petit dans toute l’Europe… jusqu’à devenir, au fil des siècles, la boisson bien sucrée que nous connaissons tous !

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